Comprendre l’autisme

  • QU’EST-CE QUE C’EST QUE L’AUTISME ?

JURIS HANDICAP AUTISME est axé sur l’autisme génétique (de type Kanner et Asperger, même si cette appellation a été remplacée par « TSA », elle reste un repère).

.

« Trouble du Spectre Autistique » qui veut tout désigner, y compris l’autisme non génétique, est une simplification trompeuse. Tout d’abord parce que l’autisme génétique n’est pas un trouble et qu’au contraire d’autres conditions peuvent comporter des troubles (et non des traits) autistiques, ou nommés à tort « autisme ».
.
La loi française (notamment la loi du 11 février 2005) pourtant englobe l’autisme par tout type de condition, en précisant qu’il s’agit aussi de cas « assimilés » à l’autisme. Ce qui signifie que, légalement, il y a de nombreuses conditions sous le terme d’ « autisme ». Ceci ne va pas sans poser problème.

Voici les caractéristiques présentes chez tout autiste génétique, sans généraliser car chaque autiste a une neurologie unique qui lui est propre (il faut alors se référer à ce qui a été précisé dans les tests par un professionnel spécialisé en autisme):

1. Intérêts spécifiques. Quoi que certains en disent, il n’y a jamais d’autisme sans intérêts spécifiques, qui est ce qui amène à deuxième point: la question du relationnel et les soucis de communication avec les non-atuistes.
A savoir : la pensée des personnes autistes est non-linéaire et non hiérarchique. De là découle un type d’apprentissage tout à fait différent et non moins intéressant, mais qu’il faut connaître pour éviter les impasses.
L’utilité des intérêts spécifiques c’est de faire travailler le type d’intelligence autistique qui est le point fort, mais qui a l’inconvénient de primer sur tout le reste: tout en apprenant à le canaliser on ne doit pas le réprimer. Les femmes autistes canalisent plus les intérêts spécifiques, parfois trop, au point de perdre leurs repères. Il faut donc trouver un juste milieu où l’on fait face aux obligations et exigences de la vie quotidienne tout en nous dédiant à nos passions qui sont en général ce qui fait partie d’un ou divers métiers. Vous l’avez compris, les intérêts spécifiques, « passions-obsession », sont sacrés et font partie du côté douance des personnes autistes.

2. Difficultés d’interaction avec les non-autistes – Parce que les personnes autistes sont faites pour les intérêts spécifiques, leur cerveau n’est pas génétiquement « équipé » avec les fonctionnalités pour le relationnel qu’ont les « neurotypiques » (la neurologie des personnes dites « normales », soit la neurologie la plus répandue). Le relationnel n’est pas l’axe central de la vie d’une personne autiste, même si cette dernière apprécie d’avoir un entourage bienveillant et n’est pas asociale.
Il peut y avoir des autistes introvertis ou extravertis. Le point commun c’est que leur communication passera par leurs intérêts spécifiques et ils auront du mal à suivre une conversation sur la pluie et le beau temps, donc sur des sujets « simples ».

3. Hypersensibilité (ceci au sens émotif, mais souvent cela est intériorisé); une personne en contact avec un autiste doit avoir de bonnes intentions extérieurement et intérieurement, car on les captera. Inutile donc de tenter de mentir à une personne autiste ou de la manipuler, même si hélas, certains y parviennent et les autistes sont souvent victimes d’escroquerie et autres abus. Ceci par la difficulté à exprimer aussi ce qu’on souhaite, qui requiert un délai de réflexion qu’une situation immédiate ne permet pas.

4. Hypersensorialité ou hyposensorialité. L’hypersensorialité implique de ne pas pouvoir inhiber la perception (ex: un bruit dans l’environnement) et en général avoir au même plan une voix humaine que tout autre son. En pratique, cela empêchera de pouvoir suivre une conversation dans un endroit bruyant, par exemple. Mais ceci peut aboutir à une surcharge sensorielle et en l’absence de respect des besoins spécifiques se convertir dans un état de fatigue allant jusqu’au burn out.

5. Difficultés dans la motricité fine – Les personnes autistes ont une partie de l’aire cérébrale qui chez les neurotypiques est dédiée à la motricité fine, occupée par ce qui correspond à leurs intérêts spécifiques. Ainsi, certains mouvements seront difficiles à effectuer, ce qui n’empêche pas de dessiner, pratiquer un sport, etc. Un autiste peut donc être très manuel même avec des difficultés dans la motricité fine ou alors devenir musicien, ou sportif de haut niveau. Bref, la question de la motricité fine ne doit pas être vue comme une limite. Parfois, il faudra plus de temps pour faire les mouvements qui ne sont pas automatiques. Il ne faut pas croire qu’on le fait exprès de marcher ou bouger lentement. Cela permet de mieux coordonner les mouvements, notamment si la personne autiste a été aussi diagnostiquée dyspraxique. Il faut donc faire attention par exemple en descendant les escaliers car on peut trébucher facilement. La pratique régulière d’un sport est un bon moyen d’améliorer la coordination des mouvements, tout en laissant que la personne autiste s’organise selon sa propre façon de fonctionner.

6. L’autisme peut s’accompagner de « Dys »; or, un « Dys » n’est pas forcément autiste. L’auteur de ce texte est donc : autiste Asperger + dyspraxique + dyscalculique + TDAH. Ah oui… nombreux autistes sont aussi TDAH. Parfois le TDAH est la dominante. Il fait partie du continuum autistique donc n’est pas à notre avis non plus un « trouble », mais une condition.

7. Le rythme physiologique peut être différent (parfois on n’a pas sommeil ou au contraire on dort trop) mais il faut veiller à ne pas manquer de repos et d’avoir une chambre loin des bruits pour les hypersensoriels. Le cerveau autistique quelque soit l’âge prend beaucoup d’énergie, donc il faut avoir une alimentation riche en glucides. Pour faire venir le sommeil, il faut éteindre le maximum de lumières une heure avant l’heure d’aller se coucher (conseil personnel) : la glande pinéale va comprendre le message et le processus se fera sans besoin de prendre des médicaments, car ils ne jouent pas sur le sommeil paradoxal qui est le plus important. Tenter au mieux de s’endormir et se réveiller aux mêmes heures.
Une sieste peut aider pour récupérer du trop plein au niveau sensoriel.
A l’âge adulte, la méditation peut être une grande source de récupération énergétique.
Les TDAH étant les plus hypersensibles, leur alimentation doit éviter les additifs alimentaires, tout ce qui est trop sucré et à l’âge adulte ne pas abuser du café.

Pour conclure….


Il ne faut pas limiter une personne à son autisme et pas non plus aux « limites » de ce dernier. Par exemple : une personne dyspraxique a des dons par rapport à une grande capacité de visualisation. C’est un point à exploiter car cela fait partie des compétences.

S’agissant d’un autiste génétique, la rééducation n’est pas le bon chemin à emprunter car le cerveau autistique a déjà sa logique et donc il faut permettre de s’adapter sans tenter de changer une neurologie qui est une condition. Ceci n’empêche pas de favoriser des activités qui feront de nombreuses connexions neuronales. Par ailleurs, les autistes apprennent en faisant des activités dites « répétitives », mais c’est justement ce qui est adapté à une neurologie qui est moins formatée que celle des neurotypiques.

Une personne autiste a donc une grande capacité pour les choses qui requièrent de la réflexion et aime comprendre ce qu’elle apprend, car elle doit classer les idées selon des thématiques, là où les neurotypiques classent en mode linéaire et hiérarchique.

Les personnes autistes travaillent avec beaucoup d’informations, donc il est inutile de leur retirer une partie du travail quand il y a une difficulté, croyant qu’ils n’arriveront pas au bout de la tâche.

En revanche, il est tout aussi inutile de tenter de leur apprendre divers types de tâches en même temps: mieux vaut un type de chose à la fois et s’assurer que cela a été acquis sans insister en cas de difficulté, puisqu’il y a un temps d’enregistrement des nouvelles données.

En règle général il est préférable de favoriser les activités que l’enfant autiste fait en autodidacte et s’il s’agit d’un adulte, il faut favoriser l’indépendance de la personne autiste dans l’organisation de son travail.

Ce que vous ne lirez pas ici ce sont les termes de type : « trouble », « anomalie », « intérêts restreints » (au lieu d’intérêts spécifiques), »déficience », « atteint d’autisme »… etc… nous considérons que ces termes constituent une discrimination à l’égard des autistes, en véhiculant une image négative d’une neurologie qui est une condition, donc une différence.

Nous ne dirions pas, nous les autistes, des neurotypiques, qu’ils ont par exemple une mémoire « défaillante » face aux autistes ayant une mémoire souvent bonne à excellente voire eidétique. Nous ne dirions pas non plus que les neurotypiques sont obsédés par le relationnel face aux autistes qui sont axés sur les intérêts spécifiques. Donc de la même façon, il nous semble opportun d’utiliser des termes neutres face aux caractéristiques autistiques. Un neurotypique n’est pas « atteint de neurotypie », donc un autiste n’est pas non plus « atteint » d’autisme. Aucune des deux neurologies est une maladie ou un trouble.
Et chaque neurologie a ses points forts et ses points faibles. L’idéal serait former une belle équipe, et respecter le Droit fondamental à la différence où nous trouvons le grand ensemble de l’humanité sous le terme de Neurodiversité. Ce mot a un fondement scientifique: l’autisme est considéré un variant génétique, ce que le Dr Laurent Mottron a rappelé récemment lors de ses colloques en France.

Le respect des besoins spécifiques des personnes autistes et de leur condition leur permettrait d’avoir une meilleure estime d’eux-mêmes et intégration dans la société.

Natalia Pedemonte
Juris Handicap Autisme
  • Parutions en matière d’autisme (2018): cliquer ici


Le droit des personnes autistes


La nature juridique de l’autisme


Posté le 19 juin 2017 par Natalia Pedemonte


Le droit des personnes autistes n’est pas une branche juridique à part entière actuellement mais devrait l’être, raison pour laquelle la législation sur les personnes handicapées n’est pas adaptée malgré certaines dispositions visant directement les personnes autistes.
Par ailleurs, la loi du 11 février 2005 ne fait pas de distinction entre les types d’autisme, ce qui crée une confusion avec les cas de polyhandicap grave et les cas d’autisme génétique. Pour certains cela tient à une volonté de non-discrimination, mais qui nuit les autistes génétiques, lesquels ont plus besoin d’être compris dans leur différence que de subir de la rééducation, souvent source de traumatismes fatalement.


Cela en raison du classement de l’autisme au DSM, le réduisant à une question de santé mentale alors que la science a démontré qu’il s’agit d’une condition. De cette façon, les non-autistes ont de facto, un droit de regard sur ce qui concerne la communauté autiste qui pèse de plus en plus et biaise leurs droits, ceci en dehors de mauvaises intentions, car il s’agit d’une question de mentalités d’abord. Ce qui est le plus difficile à changer, il faut le reconnaître.


Le rapport de Josef SCHOVANEC sur le devenir professionnel des personnes autistes fait état de façon claire et vaste, des problématiques des personnes autistes et propose des solutions faciles à appliquer. L’une des raisons de la création de JURIS HANDICAP AUTISME a été d’aider à l’application des mesures présentées dans ce rapport.


Il peut être téléchargé sur le site de La Documentation Française:

Josef SCHOVANEC, Rapportprésenté à la Secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion sur le devenir professionnel des personnes autistes.


Natalia Pedemonte
Juris Handicap Autisme